Helen, de Maria Edgeworth

helenHelen est une jeune fille bien sous tout rapport, qui se retrouve seule au monde après la mort de son oncle. Bien qu’héritière, elle décide de dépenser presque toute sa fortune pour rembourser les dettes de son oncle chéri et se retrouve sans le sous (quand je vous dis que c’est une fille bien !). Heureusement, son amie d’enfance, Cecilia, l’accueille comme une sœur. Elle y retrouve avec plaisir Lady Davenant, la mère de Cecilia qui l’a toujours chérie comme une fille, mais également le nouvel époux de Cecilia, le général Clarendon, un homme austère, bien éloigné de la gaieté et de l’insouciance de son amie. Et bien sûr, Beauclerc, la pupille de Clarendon, qui ne va pas laisser Helen indifférente.

C’est un roman que j’ai mis un temps infini à lire : plus de trois mois pour avancer dans cette Helen. Le bébé et le travail ne sont pas les seules raisons pour ma lenteur : ce roman a des lenteurs, surtout au milieu. Se piquant de décrire le monde intellectuel de son époque, Edgeworth nous embarque dans des imbroglios politiques sans grand intérêt, qui n’apportent pas grand chose à la question principale : comment Helen va-t-elle réussir à épouser Beauclerc, empêtrée comme elle est dans les mensonges de Cecilia ?
Et cette partie là est vraiment intéressante et se lit avec plaisir. Elle est assez proche de (certains aspects en tout cas de) l’intrigue de Wives and Daughters de Gaskell : une jeune fille innocente et franche comme l’or se fait embarquer pour aider une amie dans des mensonges à n’en plus finir qui se retournent contre elle et éloignent son bonheur, ternissent sa réputation. Bien sûr, on se doute que tout finira bien, mais les tourments d’Helen m’ont vraiment fait compatir. Cependant, Edgeworth manque de la finesse psychologique de Gaskell, et ses personnages apparaissent trop tranchés dans un sens ou dans un autre.

Il y a principalement un personnage que je trouve merveilleusement réussi : Lady Davenant. Cette femme intelligente, humaine et cultivée, mène dans l’ombre de son mari une carrière politique brillante. Mais, dans une problématique extrêmement moderne, elle est déchirée entre son ambition méritée et les soins qu’elle devrait apporter à Cecilia pour parfaire son éducation. Si la réponse qu’apporte le roman est totalement victorienne (bouh la vilaine femme qui s’occupe mal de sa fille !), le personnage de Lady Davenant est furieusement féministe – et la tendresse que l’auteur a pour cette belle femme moderne me laisse penser que Maria Edgeworth n’était pas loin de partager ses idées.

Bref, c’est un roman anglais sympathique. Il est bourré de bonnes choses, de bonnes idées mais n’atteint pas pour autant la qualité qu’on retrouve chez une Austen, une Gaskell ou un Trollope.

Cold Comfort Farm de Stella Gibbons

ColdComfortFarmA la mort de ses parents, Flora Poste n’est absolument pas dévastée. A 19 ans, c’est à peine si elle a passé quelques semaines en leur compagnie, et elle les connaît à peine. En revanche, ruinée par les dettes paternelles, elle n’a comme seul choix de travailler ou de se retrouver à la charge de sa famille. Travailler ? Que nenni !

Surtout quand sa cousine Judith, de Cold Comfort Farm, lui propose un toit, dans cet endroit gothique éloignée de toute vie civilisée. Et quand en plus, on parle d’une malédiction, d’un dommage fait à son père, il n’en faut pas plus pour la séduire.

Mais Flora n’aime pas le désordre et dieu sait que Cold Comfort Farm est désordonnée ! Arrivera-t-elle à tout mettre en ordre ?

Cold Comfort Farm est un roman qui pétille d’esprit. Flora est une jeune londonienne charmante, égocentrique et vive qui se retrouve perdue dans une Angleterre rurale quaker, qui déborde de sermons, malédiction, envois en Enfer et autres joyeuseté. Qu’importe ! Ça lui plait et ça l’amuse de faire manipuler tout ce petit monde, envoyant celui là sur les routes, celle là à Paris, ou en maison de fous, ou en la mariant. Elle est parfois très agaçante, mais elle est si piquante et si drôle qu’on lui pardonne son égoïsme.

De là à en faire le roman anglais le plus drôle de tous les temps, non. Mais un roman charmant, plein de vivacité et une ode à l’optimisme.

Etiquette & Espionage de Gail Carriger.

Sophronia n’est pas une lady, ni même une lady en devenir : elle se cache dans des monte-charge, déchire ses jupons, ne sait pas faire une révérence convenable, et ne se préoccupe même pas de la mode et de chiffons. Vraiment, pour une jeune fille de 14 ans, cela commence à devenir problématique …

Sa mère, désemparée, la confie donc à Mlle Géraldine, la directrice de l’École de Finition pour les Jeunes Ladies de Qualité. Finir ? Finir quoi ? ou plutôt qui ? Et Mlle Géraldine est-elle réellement Mlle Géraldine ?

Quelle est donc cette école dans laquelle Sophronia va se frotter à certaines des demoiselles des familles les plus en vue, rencontrer vampire et loup-garous, et apprendre beaucoup de choses que sa mère désapprouverait ?

Situé dans le même univers que The Parasol Protectorate, une génération avant, cette nouvelle série pousse le délire à un degré supplémentaire en imaginant une école, à la Harry Potter, où les jeunes demoiselles victoriennes apprennent les bonnes manières – et les moins bonnes. Dans une ambiance steampunk assumée (ça fume beaucoup, même les petits chiens mécaniques), Gail nous emmène, à la suite de Sophronia dans une enquête sympathique à la recherche d’un prototype perdu, trop bien caché. Sans grandes ambitions (enfin, j’espère, car il ne les remplit pas), ce roman se révèle meilleur à fabriquer un univers, à le construire et le déconstruire qu’à le faire vivre. La méchante Mlle Monique n’est pas si effrayante (surtout très agaçante), et j’ai toujours pensé que c’est la qualité d’un méchant qui fait la qualité d’un livre.

Mais c’est un plaisir de se replonger dans l’univers du Parasol Protectorate, et d’en retrouver quelques protagonistes, comme … allez, non, je ne vous dis pas !

Quelle idée, franchement, quelle idée.

Quelle idée, franchement, quelle idée…

Je sais que je n’aurai pas le temps, je sais que ça ne marchera pas, alors pourquoi s’amuser à ouvrir un nouveau blog, juste parce que j’ai trouvé le temps d’un weekend, le temps de lire 2 livres (plus qu’en 2 mois) et d’écrire 3 billets.

Quelle idée, franchement, quelle idée.

Et puis, je pourrais continuer à nourrir le blog bleu, que j’ai sauvagement abandonné depuis, hum, plusieurs années, le faire survivre, sous perfusion d’un billet tous les trois mois ? Pourquoi ouvrir ce nouvel espace, alors que j’en ai bien chaud, bien confortable, usé aux bons endroits, à ma disposition ?

Quelle idée, franchement, quelle idée !

Mais je répondrai que, justement, je n’ouvre pas de nouvel espace, que ce petit endroit a été créé il y a longtemps, mais que je n’ai jamais réussi à transférer le blog bleu jusqu’ici et que c’est pas plus mal : le blog bleu a été créé quand j’avais le temps, le temps de lire, le temps d’écrire, avant d’avoir un bébé et une équipe à monter, et il aurait été mal à l’aise dans cet endroit qui sera négligé, abandonné, secondaire peut-être jusqu’au moment où j’arriverai à remettre un peu d’ordre dans la course de tous les instants qu’est mon quotidien (car oui, mesdames et messieurs, l’espoir fait vivre).

Quelle idée, franchement, quelle idée…