De 2014 à 2015

Je découvre cette année avec beaucoup de plaisir les statistiques des lutins statisticiens de WordPress.com. Bien sûr, un blog endormi d’à peine quelques semaines ne peut briller dans ces statistiques, mais j’éprouve déjà un certain plaisir à découvrir comment cet espace tout neuf accueille déjà quelques convives…

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Reste à savoir ce qu’il va devenir en 2015. Les autres années, j’avais pris l’habitude d’écrire des résolutions de lecture sur mon ancien blog. A les relire en cette veille de 2015, je me demande vraiment comment je faisais pour tenir toute cette activité bloguesque ! Et en regardant l’année écoulée, je me dis que tenir des résolutions formerait un défi trop difficile à réaliser.

Mais sans aller jusqu’au stade des résolutions, voici quelques voeux pour l’année 2015 :

1. Retrouver le temps et l’énergie de lire

Avec un petit enfant qui devient de plus en plus autonome, je découvre pendant ces vacances qu’il est possible de lire pendant que le bébé joue autour de moi, tranquillement. Il ne s’agit plus de l’occuper non stop en faisant les tâches ménagères dès qu’elle dort, mais peut-être de retrouver un peu de loisirs. Qui dit mieux ?

2. Redécouvrir la blogosphère littéraire

Pendant les quelques mois, allez, disons les 2 ans, où je me suis éloignée, j’ai l’impression que beaucoup de choses ont changées dans la blogosphère littéraire. Des blogs que je suivais avec plaisir ont fermé, une foultitude de nouveaux se sont ouverts et je n’y ai pas encore trouvé chaussure à mon pied (ie qui lit plus de classiques que de modernes, plus d’anglo-saxons que de français et qui ne rechigne pas à de la fantasy de bonne qualité, tout en évitant les vampires). A moi donc de retrouver mon nid au milieu de ce paysage qui a bien changé, sans oublier les amis de toujours.

3. Écrire sur les films et les séries que je vois

Et oui, ce blog s’appelle « Des pages et des bobines » et il ne faudrait pas les oublier, ces petites ! J’ai beaucoup plus de mal à parler de ce que je vois que de ce que je lis et cela commence à se ressentir sur le blog. Certes, nous n’allons plus aussi souvent au cinéma, mais nous avons des DVD, bientôt un abonnement à Netflix : cela devrait aider, non ?

4. Continuer à me laisser tenter par les conseils de Whoopsy-daisy.

Grâce à ce forum, j’ai découvert cette année Stella Gibbons, des adaptations de Jane Austen comme The Highbury Murders, ou la série des Agatha Raisin de MC Beaton. Il me reste encore plein de nouveaux auteurs à tester et je compte bien continuer !

Peu de résolutions pour cette année, mais après le fiasco que fut l’année prochaine … je préfère rester prudente !

Un homme effacé, d’Alexandre Postel

9782846667951FSDamien North est un homme solitaire. Professeur de philosophie dans une Université d’un ville de province dont nous ne saurons jamais le nom, il n’a que peu de contacts avec ses collègues ; veuf depuis 12 ans, il n’a jamais fait le deuil de sa femme ; il ne voit que rarement son frère et sa nièce, qui vivent dans une autre ville. Petit fils du célébrissime Axel North, homme politique d’importance historique, il semble vivoter dans l’ombre de son illustre ancêtre.
Un matin, alors qu’il se débat avec le service informatique de sa fac pour rétablir son internet qui a été coupé, la police frappe à sa porte : cet homme sans histoire est accusé d’avoir téléchargé et de conserver sur son ordinateur des centaines d’images pédopornographique.
L’horreur du crime est telle que tous s’éloignent de lui, à commencer par son frère qui s’inquiète des relations qui ont pues exister entre Damien et sa nièce l’été précédent. Mais Damien est innocent et ne comprend pas comment de telles images ont pu atterrir sur son ordinateur.

Ce roman se veut la description d’une descente aux enfers, celle d’un innocent accusé d’un des pires crimes : abuser d’enfants (car, comme insiste lourdement le roman : regarder des abus d’enfants ou les commettre, c’est pareil). L’idée est louable, et entre les mains de Thomas Vinterberg dans La Chasse, cela devient une plongée exploratoire dans l’âme humaine, dans les relations interindividuelles, à la recherche du lien social qui crée l’humain.
Hélas, j’ai trouvé qu’Alexandre Postel reste à la surface des personnages qu’il cherche à croquer. Définis en quelques traits, quelques banalités (le frère homme d’affaires débordé ; le collègue membre d’un syndicat homosexuel amateur d’instruments de torture ; les voisins comme un chœur antique ; l’avocat-à-la-Maître-Dupont-Moreti), les personnages manquent de la profondeur qui serait pourtant nécessaire dans une étude psychologique. Autant dire que l’accumulation des lieux communs m’a vite lassée. Parlant de ce qu’il connait sans doute le mieux, l’auteur cible le milieu universitaire, mais reste à la surface des choses, à la surface des êtres. Et dès qu’il s’éloigne de ce milieu, il semble n’avoir que des connaissances livresques ou télévisuelles des choses qu’il décrit (le milieu judiciaire ou carcéral).

Un homme effacé est un premier roman et la relative jeunesse (28 ans à l’époque) de l’auteur, sont sans doute des excuses pour ces maladresses. Mais à moins que l’auteur ne vive et ne découvre la vie, qu’il écrive des œuvres moins scolaires, je doute de retourner vers ses écrits.

Sukkwan Island de David Vann

12053_1134589J’ai été attirée vers ce roman par les très nombreuses critiques que j’ai lues ici ou là sur la blogosphère. On me l’a offert, et il est parti sédimenter dans ma PAL. Mais là, cet hiver, j’avais envie de nature sauvage et je l’ai ressorti …

Jim convainc son fils Roy, 13 ans, de venir passer avec lui une année dans une île déserte en Alaska. Au programme, pêche de saumons, salaisons de cerfs, constructions d’abris à bois, et retrouvailles en un père et l’enfant dont il s’est éloigné.
Mais Jim porte avec lui un lourd passé d’échecs, de relations difficiles avec les femmes. Mal préparé à l’hiver, dépressif, il laisse peu à peu découvrir à son fils le bourbier dans lequel ils se sont lancés.

C’est un roman que j’ai trouvé très difficile, très lourd. Le duo père/enfant ; la nature sauvage ; la survie ; l’imprégnation du passé m’ont rappelé The road, mais une Route sans rémission, où on s’enfonce toujours plus dans le cauchemars. Et cela pour une seule raison : la bêtise d’un homme que le hasard a rendu père, égoïste, incapable de penser pour d’autre que pour lui. La description de la descente aux enfers est extrêmement bien menée et le malaise qui déborde du roman finit par toucher le lecteur.
La lecture est difficile, de plus en plus nauséeuse. Cela va sans dire, Jim m’a énormément agacée. C’est un personnage principal avec lequel il est douloureux de passer du temps. Étrange idée de choisir un personnage insupportable comme coeur de son roman (j’ai ensuite compris les raisons personnelles qui ont fait écrire ce roman à David Vann, et pourquoi le père en était si invivable). Étrange sensation pour le lecteur de passer deux cents pages en compagnie d’un être avec lequel on refuserait de passer cinq minutes.

Au final, mon avis est mitigé. C’est un beau roman, une histoire forte puissante, où la Nature, qu’elle soit sauvage ou humaine, déborde. Mais c’est un roman douloureux, pénible, nauséeux dont j’ai été heureuse de tourner la dernière page.

Nightingale Wood de Stella Gibbons

{F679A9D3-9D9A-43AB-A6AA-A8DE4A114839}Img100Vous connaissez Cendrillon ? C’est presque l’histoire de Viola depuis qu’elle est partie vivre avec ses beaux-parents, après la mort de son mari de 20 ans son aîné. A dix-neuf ans, être enfermée avec Mr Wither, un Arpagon snob, Mrs Wither sa femme effacée, et ses deux filles, Madge et son sport, Tina et ses cheveux. Se retrouver aux Eagles, dans une maison mortifère, alors qu’à quelques pas seulement se trouve la maison du beau, amusant et riche Victor Spring … La jeune Viola, qui aime les nouvelles robes, la mode et s’amuser, s’ennuie à mourir et rêve du beau Prince Charmant qu’elle croise dans le bois qui sépare les deux propriétés.

 She did not look quite a lady, which was natural; as she was not one.

Après Cold Confort Farm, j’ai voulu tester un autre roman de Stella Gibbons, pour voir si le charme perdurait dans un autre univers. Bien m’en a pris, car Nightingale Woods est un petit bijou, divertissant et fin. La galerie de personnages est délicieuse : d’abord présentés comme caricaturaux, Stella Gibbons introduit peu à peu une certaine humanité en eux, montrant leur complexité. Mr Wither le radin préoccupé de ses dépenses organise une garden party pour recevoir ses voisins ; Madge la revêche devient une mère poule avec son petit chien ; ou le voisin ragoteur se révèle un vieil homme désireux de compagnie.

 Mrs Wither […] did not much like Viola (so young, so pleasure-loving, rather common) and she was secretly dismayed that she was going to live at The Eagles.

Dans ce conte modernisé, où le Prince Charmant roule en voiture de luxe et où la bonne fée marraine est un coiffeur à la mode, c’est l’Angleterre rurale qui se dessine, de son aristocrate de vieille famille à son mendiant, ivrogne shakespearien. Mais une Angleterre qui change, où les conventions sociales s’éteignent, où les jeunes ladies épousent des chauffeurs, où les domestiques héritent et où le conte de fée d’une vendeuse qui épouse un milliardaire devient réalité.

Un bijou !