The ocean at the end of the lane, de Neil Gaiman

Ocean_at_the_End_of_the_Lane_US_CoverA la faveur d’un enterrement, le narrateur revient dans le village où il a passé son enfance. En suivant le petit chemin qui longe son ancienne maison, il retrouve ses souvenirs, la première fille qu’il a embrassé et enfin, lorsque le chemin n’est plus qu’une trace à peine visible, la ferme des Hempstock et la mare derrière la maison, celle que son amie Lettie disait être un océan.

« I’m going to tell you something important. Grown-ups don’t look like grown-up on the inside either. Outside, they’re big and thoughless and they always know what they are doing. Inside, they look just like they always have. Like they did when they were your age. The truth is, there aren’t any grown-ups. Not one, in the whole wide world. » She thought for a moment. Then, she smiled « Except for Granny, of course. »

Comment vous dire à quel point ce livre est un chef d’œuvre sans trop en dévoiler ? Comment vous donner une envie irrépressible de le lire, sans vous gâcher le plaisir de le découvrir, de sombrer dans cet océan sans savoir où on va ? Comment vous dire que ce livre est un concentré d’enfance, de l’enfance qui rêve et voit des mondes meilleurs et fantastiques et qui craint les vilaines fées ? Ou plutôt, un concentré du souvenir d’enfance, où étincellent les étés caniculaires, les jeux, le goût du lait à peine tiré et du gâteau encore tiède ? Une ode aux contes de fées, les vrais, ceux où les sœurs de Cendrillon se coupent le talon et où les marâtres sont vraiment cruelles ?

« How old are you, really ? » I asked
« Eleven. »
I thought for a bit. Then, I asked « How long have you been eleven for ? »
She smiled at me.

J’ai dévoré ce livre en deux petites heures et depuis, il m’habite comme peu de livres sont capables de le faire. Neil Gaiman m’a volé un peu de mon âme et l’a plongée dans l’océan.

Sukkwan Island de David Vann

12053_1134589J’ai été attirée vers ce roman par les très nombreuses critiques que j’ai lues ici ou là sur la blogosphère. On me l’a offert, et il est parti sédimenter dans ma PAL. Mais là, cet hiver, j’avais envie de nature sauvage et je l’ai ressorti …

Jim convainc son fils Roy, 13 ans, de venir passer avec lui une année dans une île déserte en Alaska. Au programme, pêche de saumons, salaisons de cerfs, constructions d’abris à bois, et retrouvailles en un père et l’enfant dont il s’est éloigné.
Mais Jim porte avec lui un lourd passé d’échecs, de relations difficiles avec les femmes. Mal préparé à l’hiver, dépressif, il laisse peu à peu découvrir à son fils le bourbier dans lequel ils se sont lancés.

C’est un roman que j’ai trouvé très difficile, très lourd. Le duo père/enfant ; la nature sauvage ; la survie ; l’imprégnation du passé m’ont rappelé The road, mais une Route sans rémission, où on s’enfonce toujours plus dans le cauchemars. Et cela pour une seule raison : la bêtise d’un homme que le hasard a rendu père, égoïste, incapable de penser pour d’autre que pour lui. La description de la descente aux enfers est extrêmement bien menée et le malaise qui déborde du roman finit par toucher le lecteur.
La lecture est difficile, de plus en plus nauséeuse. Cela va sans dire, Jim m’a énormément agacée. C’est un personnage principal avec lequel il est douloureux de passer du temps. Étrange idée de choisir un personnage insupportable comme coeur de son roman (j’ai ensuite compris les raisons personnelles qui ont fait écrire ce roman à David Vann, et pourquoi le père en était si invivable). Étrange sensation pour le lecteur de passer deux cents pages en compagnie d’un être avec lequel on refuserait de passer cinq minutes.

Au final, mon avis est mitigé. C’est un beau roman, une histoire forte puissante, où la Nature, qu’elle soit sauvage ou humaine, déborde. Mais c’est un roman douloureux, pénible, nauséeux dont j’ai été heureuse de tourner la dernière page.