Un homme effacé, d’Alexandre Postel

9782846667951FSDamien North est un homme solitaire. Professeur de philosophie dans une Université d’un ville de province dont nous ne saurons jamais le nom, il n’a que peu de contacts avec ses collègues ; veuf depuis 12 ans, il n’a jamais fait le deuil de sa femme ; il ne voit que rarement son frère et sa nièce, qui vivent dans une autre ville. Petit fils du célébrissime Axel North, homme politique d’importance historique, il semble vivoter dans l’ombre de son illustre ancêtre.
Un matin, alors qu’il se débat avec le service informatique de sa fac pour rétablir son internet qui a été coupé, la police frappe à sa porte : cet homme sans histoire est accusé d’avoir téléchargé et de conserver sur son ordinateur des centaines d’images pédopornographique.
L’horreur du crime est telle que tous s’éloignent de lui, à commencer par son frère qui s’inquiète des relations qui ont pues exister entre Damien et sa nièce l’été précédent. Mais Damien est innocent et ne comprend pas comment de telles images ont pu atterrir sur son ordinateur.

Ce roman se veut la description d’une descente aux enfers, celle d’un innocent accusé d’un des pires crimes : abuser d’enfants (car, comme insiste lourdement le roman : regarder des abus d’enfants ou les commettre, c’est pareil). L’idée est louable, et entre les mains de Thomas Vinterberg dans La Chasse, cela devient une plongée exploratoire dans l’âme humaine, dans les relations interindividuelles, à la recherche du lien social qui crée l’humain.
Hélas, j’ai trouvé qu’Alexandre Postel reste à la surface des personnages qu’il cherche à croquer. Définis en quelques traits, quelques banalités (le frère homme d’affaires débordé ; le collègue membre d’un syndicat homosexuel amateur d’instruments de torture ; les voisins comme un chœur antique ; l’avocat-à-la-Maître-Dupont-Moreti), les personnages manquent de la profondeur qui serait pourtant nécessaire dans une étude psychologique. Autant dire que l’accumulation des lieux communs m’a vite lassée. Parlant de ce qu’il connait sans doute le mieux, l’auteur cible le milieu universitaire, mais reste à la surface des choses, à la surface des êtres. Et dès qu’il s’éloigne de ce milieu, il semble n’avoir que des connaissances livresques ou télévisuelles des choses qu’il décrit (le milieu judiciaire ou carcéral).

Un homme effacé est un premier roman et la relative jeunesse (28 ans à l’époque) de l’auteur, sont sans doute des excuses pour ces maladresses. Mais à moins que l’auteur ne vive et ne découvre la vie, qu’il écrive des œuvres moins scolaires, je doute de retourner vers ses écrits.