Dr Thorne, d’Anthony Trollope

Thorne.jpgMarie Thorne est une cousine des Thorne d’Ullathorne, ce vieux garçon et cette vieille fille adorables que l’on croise lors d’une fête mémorable dans Barchester Towers. Elle est la nièce du Dr. Thorne, d’une branche cadette de la prestigieuse famille du Barsetshire, qui l’élève comme sa fille. A ce titre, elle fréquente le meilleur monde et est reçue comme une fille par le Squire Gresham, et considéré comme une sœur par ses filles.

Mais son fils, le jeune Frank Gresham nourrit pour la jeune fille des sentiments qui ne sont pas que fraternels, et que la jeune Miss lui retourne discrètement.

Les Greshams sont ruinés et Mary est pauvre. Frank doit faire un beau mariage pour restaurer la gloire de la famille. Et les Greshams sont de noble famille, quand Mary n’est qu’une bâtarde, fruit de l’union malheureuse entre le frère du Dr Thorne et une pauvre fille.

Seul le Dr. Thorne sait qu’une fortune incommensurable attend peut-être Mary. Mais il se tait, voulant qu’elle n’épouse qu’un homme qui l’aimera envers et contre tout, qui la prendra pauvre et bâtarde.

Frank est il cet homme ? Résistera-t-il aux pressions de sa mère, de ses sœurs, de sa tante la prestigieuse Duchesse de Courcy ? A l’angoisse financière qui étreint son père ?

Sir Omicron came, and Drs Fillgrave and Century were there to meet him. When they all assembled in Lady Arabella’s room, the poor woman’s heart sank within her – as well it might, with such a sight.

Comme tous les romans de Trollope, Dr. Thorne est un petit régal. Prenant prétexte de cette histoire d’amour sans grand suspense, il dresse un portrait de la gentility de province, entre docteur, pasteur, squire, aristocratie et ces nouveaux nobles, enrichis par l’industrie et le commerce, mais loin d’être acceptés comme tels par leurs voisins. S’amusant des ridicules des uns et des autres, on ressent malgré tout une vraie tendresse pour ces êtres, à commencer par le Dr. Thorne, un homme fort en gueule et en amour, droit et honnête. Malgré l’histoire d’amour qui se déroule en filigrane, c’est lui le héros du roman, double de l’auteur qui comme lui, a toute les cartes en mains, mais laisse se dérouler l’action sans intervenir.

Il y a aussi beaucoup d’humour dans ce roman : est-ce le cadre (la campagne anglaise) ? Le milieu (la petite bourgeoisie et aristocratie) ? L’histoire d’amour perturbée par les questions financières ? Ou l’esprit incisif et mordant ? Mais ce roman m’a énormément rappelé ceux de Jane Austen – le côté pavé mis à part. On aurait pu les trouver sous la plume de Jane Austen, ces de Courcy et leur mantra « Rank has its responsabilities, as well as privileges. » ; Les hautaines Lady Gresham et sa fille ; ou Mr Moffat le coureur de fortunes. Mais peut-être que le pinceau de Jane Austen aurait été moins abrupt, plus mesuré pour peindre les baronets Scatcherd, ces nouveaux riches dévorés par l’alcool.

Bref, vous vous en doutez, c’est un roman que j’ai adoré et dont je conseille vivement la lecture.

Lu dans le cadre du challenge whoopsy-daisien Dans l’ombre de la Reine Victoria

Nightingale Wood de Stella Gibbons

{F679A9D3-9D9A-43AB-A6AA-A8DE4A114839}Img100Vous connaissez Cendrillon ? C’est presque l’histoire de Viola depuis qu’elle est partie vivre avec ses beaux-parents, après la mort de son mari de 20 ans son aîné. A dix-neuf ans, être enfermée avec Mr Wither, un Arpagon snob, Mrs Wither sa femme effacée, et ses deux filles, Madge et son sport, Tina et ses cheveux. Se retrouver aux Eagles, dans une maison mortifère, alors qu’à quelques pas seulement se trouve la maison du beau, amusant et riche Victor Spring … La jeune Viola, qui aime les nouvelles robes, la mode et s’amuser, s’ennuie à mourir et rêve du beau Prince Charmant qu’elle croise dans le bois qui sépare les deux propriétés.

 She did not look quite a lady, which was natural; as she was not one.

Après Cold Confort Farm, j’ai voulu tester un autre roman de Stella Gibbons, pour voir si le charme perdurait dans un autre univers. Bien m’en a pris, car Nightingale Woods est un petit bijou, divertissant et fin. La galerie de personnages est délicieuse : d’abord présentés comme caricaturaux, Stella Gibbons introduit peu à peu une certaine humanité en eux, montrant leur complexité. Mr Wither le radin préoccupé de ses dépenses organise une garden party pour recevoir ses voisins ; Madge la revêche devient une mère poule avec son petit chien ; ou le voisin ragoteur se révèle un vieil homme désireux de compagnie.

 Mrs Wither […] did not much like Viola (so young, so pleasure-loving, rather common) and she was secretly dismayed that she was going to live at The Eagles.

Dans ce conte modernisé, où le Prince Charmant roule en voiture de luxe et où la bonne fée marraine est un coiffeur à la mode, c’est l’Angleterre rurale qui se dessine, de son aristocrate de vieille famille à son mendiant, ivrogne shakespearien. Mais une Angleterre qui change, où les conventions sociales s’éteignent, où les jeunes ladies épousent des chauffeurs, où les domestiques héritent et où le conte de fée d’une vendeuse qui épouse un milliardaire devient réalité.

Un bijou !

Cold Comfort Farm de Stella Gibbons

ColdComfortFarmA la mort de ses parents, Flora Poste n’est absolument pas dévastée. A 19 ans, c’est à peine si elle a passé quelques semaines en leur compagnie, et elle les connaît à peine. En revanche, ruinée par les dettes paternelles, elle n’a comme seul choix de travailler ou de se retrouver à la charge de sa famille. Travailler ? Que nenni !

Surtout quand sa cousine Judith, de Cold Comfort Farm, lui propose un toit, dans cet endroit gothique éloignée de toute vie civilisée. Et quand en plus, on parle d’une malédiction, d’un dommage fait à son père, il n’en faut pas plus pour la séduire.

Mais Flora n’aime pas le désordre et dieu sait que Cold Comfort Farm est désordonnée ! Arrivera-t-elle à tout mettre en ordre ?

Cold Comfort Farm est un roman qui pétille d’esprit. Flora est une jeune londonienne charmante, égocentrique et vive qui se retrouve perdue dans une Angleterre rurale quaker, qui déborde de sermons, malédiction, envois en Enfer et autres joyeuseté. Qu’importe ! Ça lui plait et ça l’amuse de faire manipuler tout ce petit monde, envoyant celui là sur les routes, celle là à Paris, ou en maison de fous, ou en la mariant. Elle est parfois très agaçante, mais elle est si piquante et si drôle qu’on lui pardonne son égoïsme.

De là à en faire le roman anglais le plus drôle de tous les temps, non. Mais un roman charmant, plein de vivacité et une ode à l’optimisme.